Marie Jégo est une journaliste française du quotidien Le Monde, spécialisée dans la Russie, la Turquie et l’espace postsoviétique. Correspondante permanente à Moscou à deux reprises puis à Istanbul pendant huit ans, elle fait partie des rares reporters francophones à avoir couvert de l’intérieur la chute de l’URSS, l’ère Poutine et la dérive autoritaire d’Erdoğan. En septembre 2026, elle continue de publier régulièrement au sein du service international du Monde depuis Paris.
Du russe et du chinois à Piatigorsk
Son parcours débute par un choix linguistique peu courant dans la presse française : elle étudie le russe, le chinois et le journalisme. Avant même d’intégrer une rédaction, elle part enseigner le français pendant deux ans à Piatigorsk, ville thermale du Caucase du Nord située à 180 kilomètres de la Tchétchénie (Radio France). Cette immersion dans la Russie profonde façonne sa compréhension du pays bien au-delà des cercles moscovites. De 1985 à 1991, elle participe ensuite à l’élaboration d’une base de données sur le personnel soviétique, un travail d’analyse systématique des élites du régime qui lui confère une connaissance encyclopédique de l’appareil d’État soviétique au moment précis où il s’effondre (Radio France).
Premier séjour moscovite : la fin d’un empire (1991-1995)
En 1991, Marie Jégo intègre le bureau du Monde à Moscou. Elle y reste quatre ans, couvrant la fin chaotique de l’ère Eltsine, la première guerre de Tchétchénie et les privatisations sauvages qui redistribuent la richesse du pays en quelques mois. Cette période forge sa réputation de reporter de terrain dans un environnement où la liberté de la presse reste, selon ses propres termes rapportés par France Inter, « encore et toujours, à conquérir ». Pendant les dix années suivantes (1995-2005), elle alterne entre séjours à Paris et reportages au long cours en Géorgie, en Azerbaïdjan, en Ouzbékistan, en Turquie, en Irak et en Europe centrale et orientale (Radio France, Desk Russie).
Retour à Moscou : l’ère Poutine de l’intérieur (2005-2014)
En 2005, Le Monde la renomme correspondante permanente en Russie. Basée à Moscou, elle couvre de l’intérieur l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa en 2006, la guerre russo-géorgienne d’août 2008, le tandem Poutine-Medvedev et les grandes manifestations anti-Kremlin de 2011-2012. France Inter, dans l’émission « Témoins de passage », la présente comme une journaliste qui « nous ouvre ce pays mal connu qu’est la Russie » et « nous permet d’entrer dans les coulisses du Kremlin ». Elle reste à ce poste jusqu’en 2014, accumulant neuf années d’analyse quotidienne du pouvoir russe et de ses ramifications dans l’ex-URSS. Durant cette période, elle collabore aussi avec l’ONG Mémorial, organisation de défense des droits de l’homme dans les pays postsoviétiques, qu’elle cite et relaie régulièrement dans ses articles (France Inter).
Istanbul et la Turquie d’Erdoğan (2014-2022)
En 2014, Le Monde la nomme correspondante à Istanbul, un poste qu’elle occupe pendant huit ans (LinkedIn). Elle couvre la tentative de coup d’État de juillet 2016, les purges massives qui suivent, la guerre dans le nord de la Syrie, l’intervention turque au Haut-Karabakh et la transformation institutionnelle de la Turquie en régime présidentialiste après le référendum d’avril 2017. En mai 2017, elle intervient à la Maison de l’Europe – Strasbourg Alsace (MESA) pour une conférence intitulée « Où va la Turquie après le référendum ? », au cours de laquelle elle analyse la polarisation de la société turque et l’ambiguïté des relations turco-européennes (MESA Strasbourg). En 2025, la revue Politique Internationale publie un long entretien avec elle — « Erdogan, un régime finissant mais pas fini » — où elle est présentée comme « spécialiste reconnue de la politique turque » et décortique l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu (Politique Internationale, n° 187).
Depuis Paris : Ukraine, exilés russes et plateaux télévisés
Depuis 2022, Marie Jégo travaille au service international du Monde depuis Paris. Son regard reste tourné vers Moscou et les conséquences de l’invasion russe de l’Ukraine. En avril 2026, elle signe dans M le magazine du Monde un reportage sur le destin croisé d’exilés russes à Vanves, autour de l’appartement où vécut la poétesse Marina Tsvetaïeva — un article qui illustre sa capacité à relier histoire littéraire et actualité migratoire (Le Monde, 26 avril 2026). Elle intervient régulièrement comme experte invitée dans l’émission « C dans l’air » sur France 5, où elle commente la stratégie de Poutine et les perspectives du conflit ukrainien. Elle contribue également à Desk Russie, plateforme francophone d’analyse de l’espace postsoviétique, et au réseau VoxEurop pour des traductions de ses reportages à destination d’un lectorat européen.
Publications
En dehors de ses articles quotidiens, Marie Jégo est co-autrice de Le tour du Monde de la politesse, ouvrage collectif publié chez Denoël en 2012 aux côtés d’autres correspondants du Monde tels que Cécile Boutelet, Florence de Changy et Bruno Philip. En 2023, elle signe la préface de Le monde vu d’Istanbul — Géopolitique de la Turquie et du monde altaïque de Jean-Sylvestre Mongrenier, publié aux Presses Universitaires de France (Decitre). Ce dernier ouvrage a été sélectionné pour le Prix littéraire France-Turquie 2024.
Pas de page Wikipédia
Malgré une carrière de plus de trente-cinq ans, Marie Jégo ne dispose pas de page Wikipédia dédiée. Son entrée Wikidata (Q117379159) existe mais reste vide. Cette absence s’explique par les critères de notabilité de l’encyclopédie, qui exigent des sources secondaires centrées sur la personne — or le travail des correspondants de presse génère surtout des sources primaires (leurs propres articles) sans produire de couvertures biographiques détaillées dans d’autres médias. Ce vide encyclopédique ne reflète en rien son importance dans le paysage journalistique français.
Âge et vie privée
Aucune source institutionnelle ne communique la date de naissance de Marie Jégo. La chronologie de sa carrière — active professionnellement dès 1985 sur la base de données soviétique — permet de situer sa génération sans plus de précision. Les sites qui avancent un âge exact ou une tranche « 50-60 ans » extrapolent sans fondement vérifiable. Sa vie conjugale et familiale n’est pas documentée publiquement et rien ne permet de la renseigner de manière fiable. Certains internautes confondent Marie Jégo avec Yves Jégo, ancien secrétaire d’État et député de Seine-et-Marne : aucun lien familial entre eux n’est attesté. Le profil Pappers.fr au nom de « Marie Jégo » — née Le Mouel en mai 1966 à Plouguernével, Côtes-d’Armor — désigne une homonyme, gérante de société en Bretagne, et non la journaliste du Monde.
Plus de Blogs : beatrice-vonderweidt
Bronnen
- Radio France — Marie Jégo : podcasts et actualités
- Desk Russie — Marie Jégo, auteur
- VoxEurop — Marie Jégo
- France Inter — Témoins de passage : Marie Jégo
- MESA Strasbourg — Conférence « Où va la Turquie après le référendum ? », 29 mai 2017
- Politique Internationale — « Erdogan, un régime finissant mais pas fini », n° 187
- Denoël —Le tour du Monde de la politesse(2012)
- Decitre —Le monde vu d’Istanbul, PUF 2023, préface Marie Jégo
- LinkedIn — Marie Jégo
- Wikidata — Q117379159
- Le Monde — « À Vanves, le destin croisé d’exilés russes… », 26 avril 2026